Robert Louis Stevenson
Robert Louis Stevenson

Dessin effectué par son épouse Fanny Osbourne

Dessin de Fanny
Dessin de Fanny

Chez Morel au Monastier sur gazeille (Haute Loire)

Irma Morel vers 1925 . Elle tenait l'hôtel du Monastier sur Gazeil place de la fromagerie, ou Robert Louis Stevenson passa plusieurs semaines avant de se lancer dans son Voyage avec un âne dans les Cevennes

Dessins de Robert Louis Stevenson

Lettres de Robert Louis Stevenson à sa mère du journal de route des Cevennes

Les lettres écrites du Monastier par Stevenson à sa mère sont d'un autre ton. Il redevient petit garçon en réclamant l'arriéré de ses allocations trimestrielles et le ton badin camoufle mal son embarras.

 

Il aime bien se faire plaindre, il parle de sa fatigue et de sa santé et n'apprécie guère, que sa mère dans ses réponses ne prenne pas très sérieusement ses travaux et sa fatigue.

On m'a dit que papa allait me donner quelques sous pour mon petit bannissement, j'ai fait le pari contre le monde de subvenir à mes besoins si je le puis. Mais si je dois continuer à recevoir mon allocation trimestrielle de 25 livres et si ça ne ne vous faisait rien de me donner les arriérés de deux trimestres , soit 50 livres, je les accepterais volontiers sans penser pour cela, que j'ai perdu mon pari.

 

Je ne me sens pas bien aujourd'hui, pour avoir travaillé et trop marché hier. Les gens me connaissent maintenant des lieus à la ronde, moi mes guêtres et ma canne.

- Vous rentrez au Monastier ?  me crie t'on en me voyant passer.

 

L'ingénieur est un très brave type. Aussi mes repas se passent ils très bien et je me promène avec lui le soir avant d'aller me coucher. La pension est de 3,50 francs, c'est à dire trois shinlings par jour. La nourriture est bonne et abondante et le vin plus que corsé et plus agréable que les vins ordinaires. Et puis il y a du Saint Joseph dont je me paie parfois une bouteille et qui est un cru joliment bon. 

 

J'aime ce pays un peu plus chaque jour et je fais des progrès inespérés en dessins.

Votre fils affectionné

R.L.S

Le Monastier, dimanche 8 septembre 1878

Ma chère mère ,

 

Je dessine, je tire au révolver, je travaille, je fais de longues promenades, au total, je m'amuse bien, surtout, je suis heureux de ne rencontrer que des étrangers, j'aime beaucoup ça. 

 

Bientôt ! j'achèterai un âne et mettrai le cap vers le sud, Un autre livre devrait en sortir. En attendant je n'ai guère d'énergie et encore trop de travail à faire. Il me faut tout régler avant de partir.........

Chez Morel, Septembre 1878

Ma chère mère, 

 

Je vais mieux et j'ai bon moral. Le pays est beau un peu comme les Highlands en moins grandiose. La vallée de la Gazeille au dessous du village est mon coin favori, un méandre de falaises et de sapins avec ici et là de vertes prairies. Le Mezenc , point culminant du Massif Central n'est qu'à quelques milles d'ici . ...................................

Ma chère mère, 

 

Peut être ne me considez vous pas comme l'homme le plus épuisé du monde , aspirant plus que je saurais le dire à quelques jours de vacances, avec mes deux roues de moulin qui me pèsent sur le cou: Un livre qui doit être prêt début octobre et qui je l'espère aura le succes et une contribution hebdommadaire que je suis trop fatigué pour fournir de façon convenable mais dont je dois venir à bout contre vents et marées pour des raisons d'argent et d'honneur.

Croyez bien que mon travail n'est pas dans l'ensemble de la variété souriante, gaie et primesautière que vous semblez imaginer. Mes lettres vous sont déjà suffisamment désagréables, ne me poussez pas à en rajouter.

 

Aujourd'hui, par suite de congé d'hier, j'ai dû accompagner l'ingénieur jusqu'aux confins du Vivarais pour une marche qui nous a pris 7 H 30 à 11 H (jusqu'à ce que je sois épuisé) puis de 3 à 5 heures et enfin 9 heures à 11 H 30 à laquelle je vous écris......... (etc ...... etc..).

 

A la fin de la semaine prochaine au plus tard, je devrais être parti d'ici pour une quinzaine. Hier , alors que je partais après déjeuner, j'ai été arrêté par une de mes amies dentellières. 

- Quoi ! vous n'êtes pas fatigué monsieur Steams ? et l'on savait déjà ou j'étais allé le matin. Il faut que je vous dise que toutes les femmes sont assisent  à l'ombre dans la rue et font de la dentelle du matin au soir. Vous voyez que le nom de Steams me suit partout? Le S final est un raffinement local, manifestement c'est un son de ce genre qu'évoque notre nom à une oreille française.

 

A table et plus généralement chez Morel, on a renoncé à essayer et l'on m'appelle Louis qui a une résonnance familiale et amicale.

 

Votre fils affectionné

R.L.Steams

 

 

Monastier, Septembre 1878

Ma chère mère, 

 

Ne vous attendez pas à recevoir de mes nouvelles pendant 15 jours, Je suis sur le départ, l'âne est acheté- Un amour- Prix 65 francs et un verre d'eau de vie. Mon itinéraire est bien établi, je ne passerai par aucune ville avant Alais. Rappelez vous bien, Poste restante, Alais...On me connait bien ici maintenant, je fai parti du cadre

 

R.L.S

 

PS: L'ingénieur est le conducteur des ponts et chaussées, puis j'ai le receveur de l'enregistrement, le premier commis des contributions et le percepteur. Tels sont mes compagnons de table. Me voici promu, comme vous le voyez, au rang de fonctionnaire en voltige. Mais il va me falloir me séparer de ces bons camarades.

Dernière lettre à son ami Henley en septembre 1878

Cher Henley, 

 

J'espère quitter le Monastier aujourd'hui samedi.Dorénavant ! Poste restante, ALAIS est mon adresse. (Voyage avec un âne dans les Highlands françaises) 
Je ne suis pas en forme aujourd'hui, je ne peux pas travailler, ni même écrire des lettres. Un déjeuner colossal hier au Puy est , je crois venu à bout de mes forces. J'ai certainement mangé plus que je ne l'ai jamais fait de ma vie. Une grosse tranche de melon, du jambon en gelée, un filet, un plat de goujons, un blanc et une cuisse de perdreaux, des petits pois, huit écrevisses , du fromage du Mont d'Or , une pêche et une poignée de biscuits, macarons et autres. Voilà qui semble gargantuesques, et bien cela coûte 3 francs par tête. Si bien que ce qui était bon marché pour le porte monnaie risque de coûter cher à mon tabernacle charnel. Je n'arrive pas à comprendre le pourquoi ni le comment de ce que j'ai fait là. C'est pour moi une forme nouvelle d'exès. Mais j'estime qu'elle est moins coûteuse que toutes les autres......

De toute la durée de sa randonnée, Stevenson n'a posté aucune lettre, ni à ses parents, ni à ses amis

 

Le premier à recevoir de ses nouvelles à son arrivée  à ALES, ou plusieurs lettres l'attendaient à la poste restante , fut CHARLES BAXTER, Peut être que celui ci était il chargé de retransmettre des nouvelles de Fanny, mais on ne peut faire que des suppositions à ce sujet.

Ales 5 octobre 1878

 

Mon cher Charles, 

 

Le tour est fait, j'ai reçu les trois lettres dont je suis satisafait, mais le coeur brisé, Je retourne endosser les deux chèques.......

Mon voyage a été agréable et j'ai vendu mon ânesse 30 franc à la fin. J'espère que vous aurez des détails dans un livre avant longtemps, mais le seigneur sait ce qu'il nous réserve. J'ai renoncé à faire des prédictions.

 

Toujours vôtre cher Charles

R.L.S